Familles-Ministère des Affaires Etrangères : la rupture consommée

•30 avril 2010 • Laisser un commentaire

Emmanuelle Gerry, porte-parole du collectif de famille "SOS Haïti Enfants Adoptés"

Né après le séisme du 12 janvier 2010, le collectif SOS Haïti Enfants Adoptés regroupe des familles adoptantes françaises ayant accueilli leurs enfants ou étant toujours en attente de la finalisation des procédures d’adoption. Le leitmotiv est clair : le tort du gouvernement est de refuser le rapatriement des jeunes haïtiens qui n’ont pas encore de jugement d’adoption, tandis que les familles craignent pour la santé de leurs enfants sur place.

 Entre SOS Haïti et le Ministère des Affaires Etrangères (MAE), la rupture semble consommée. La communication ne passe pas, ne passe plus. Pour Emmanuelle Gerry, porte-parole du collectif, un avant-après se dessine clairement autour du séisme en matière de relation des familles au gouvernement : « Avant le séisme, on était dans un rapport institutionnel avec les autorités en charge de l’adoption internationale », explique celle qui attend également un enfant, toujours en Haïti. « Il fallait se signaler une fois par an, c’était quelque chose de très administratif ».

 Puis, la terre tremble et les familles, inquiètes, ont la sensation d’être laissées sans réponses par leur gouvernement : « Suite au séisme, tout a été très différent », se rappelle la porte-parole. « En tant que familles adoptantes, nous avons cherché à avoir des interlocuteurs et nous avons eu beaucoup de mal à les trouver ».

Le collectif compte aujourd’hui plusieurs dizaines de personnes, dont quelques-unes qui s’y consacrent à plein temps pour alerter les médias, chercher des soutiens et rester visibles face au MAE. Le message porté par les familles est immuable : les enfants en cours de procédure d’adoption en Haïti doivent être rapatriés, afin que soit assurée leur sécurité physique pendant que se terminent, en Haïti, les phases administratives de l’adoption. « On ne changera pas de position, il faut que la France mette en place des accords avec Haïti pour rapatrier tous ces enfants », affirme Emmanuelle Gerry.

 La représentante de SOS Haïti Enfants Adoptés est inquiète. Selon elle, les conditions sanitaires et sociales en Haïti s’aggravent de jour en jour, et elle craint pour la vie des enfants en cours d’adoption : « La situation pour toute la population de Port-au-Prince se durcit, on sent les gens s’épuiser dans les camps à cause de la pluie, les Haïtiens ne peuvent pas se reposer, l’eau entre dans les tentes, on sent une tension », prévient-elle. « Si cette ville implose, cela impliquerait que les institutions, à nouveau, ne fonctionneraient pas ». Et elle assène : « Quand on a le choix, on ne laisse pas un enfant dans des tentes sous la pluie ».

 Si l’ambassadeur de France sur place est, selon le collectif, favorable à l’évacuation des enfants en cours d’adoption, Emmanuelle Gerry n’accepte pas du gouvernement français ce qu’elle considère comme des « errances de communication » au sujet du rapatriement des jeunes Haïtiens. « Le 11 février, précise-t-elle, lors d’un rendez-vous avec un représentant du MAE, on apprend que les enfants ne vont pas rentrer. On a été reçus, on nous a dit que les évacuations étaient arrêtées, que les enfants étaient traumatisés. Puis, quelques heures après tombe un communiqué du porte parole du MAE disant que les évacuations ne sont pas arrêtées et qu’il n’y a pas vraiment de preuves que les enfants sont traumatisés ».

Le Ministère des Affaires Etrangères déconseille aujourd’hui aux familles de se rendre à Haïti en raison des conditions d’accueil difficiles. Mais Emmanuelle Gerry refuse que soient « discriminées » les familles qui n’ont toujours pas de jugement d’adoption pour leurs enfants, ce document délivré par la justice haïtienne et qui permet le rapatriement : « La position du MAE est de privilégier la sécurité juridique des enfants au détriment de leur sécurité tout court, ce qui me semble dangereux », explique-t-elle. « Pour eux, tant que vous n’avez pas le jugement d’adoption, vous n’êtes pas le parent. Mais on est dans une situation exceptionnelle, il faut des solutions exceptionnelles ». Emmanuelle Gerry l’annonce : « Nous insisterons et existerons en tant que collectif jusqu’à ce que le dernier enfant soit rentré ».

Le « baby blues » chez le parent adoptif : un tabou ?

•29 avril 2010 • Un commentaire

Catherine et sa fille, Youna

Pour accueillir la petite Youna, âgée de 21 mois, Catherine a changé d’appartement et pris plusieurs mois de vacances.  Cette mère célibataire l’assure, elle aime celle qu’elle a considérée comme sa fille dès les premières photos envoyées par l’orphelinat qui s’occupait du nourrisson. Mais à l’arrivée de Youna en France, le 1e avril, les débuts sont moins faciles que prévus. Catherine ressent peu à peu ce qu’elle nomme elle-même le « baby blues ». Entre amour, doutes et culpabilité, elle se confie.

Après le stress de l’attente by gdb

Lorsque la procédure d’adoption pour Youna est arrivée à ton terme, Catherine s’est rendue à Haïti pour passer plusieurs jours auprès de sa fille afin et préparer l’arrivée en France. Mais une fois à Paris, Catherine vit le changement comme une rupture brutale. Une toute nouvelle réalité du quotidien se met en place.

L’arrivée de Youna by gdb

Autre difficulté : la santé de Youna. Si la crèche dans laquelle se trouvait la petite fille avant son arrivée en France est une des mieux équipées de la région de Port-au-Prince, les conditions sanitaires à Haïti font des enfants une proie facile pour les maladies parasitaires. Youna n’échappe pas à la règle et malgré les traitements, la parasitose reste une pathologie contraignante. Mais Catherine refuse l’amalgame entre présence d’obstacles et accusations d’être une mauvaise mère. Selon elle, il faut sortir du non-dit et de la culpabilisation : au même titre que des parents biologiques, les parents adoptants doivent avoir droit au doute et à l’erreur.

Pas de droit à l’erreur pour les adoptants by gdb

Catherine reste confiante quant aux améliorations qui, chaque jour, ponctuent sa relation avec sa fille. Elle l’affirme, être parent est une chose qui s’apprend avec le temps, sans brusquer les choses.

Pas à pas by gdb

Unicef : l’adoption internationale est un « dernier recours »

•29 avril 2010 • 2 commentaires

Jacques Hintzy, président d'Unicef France

Présente à Haïti avant le séisme et renforcée suite à la catastrophe naturelle, la mission de l’ONU pour la protection de l’enfance (Unicef) voit d’un mauvais œil les demandes pressantes des parents désireux de voir rapatriés leurs enfants en cours d’adoption. Jacques Hintzy, président de l’Unicef France, a accepté de rencontrer Enfants du Séisme et il prévient : la précipitation n’est pas dans l’intérêt de l’enfant, et l’adoption internationale doit toujours être envisagée comme un dernier recours.

Quelques jours à peine après le séisme, l’Unicef arrive en Haïti avec une cinquantaine de personnes. Aujourd’hui, l’équipe sur place compte plus de 200 membres et représente un des acteurs principaux de la protection de l’enfance dans la région de Port-au-Prince. L’urgence : prendre en charge les enfants errants et tenter de leur faire retrouver leurs parents. Pour Jacques Hintzy, l’emballement des médias concernant l’adoption ne doit pas faire oublier que la protection de l’enfant ne concerne pas seulement les enfants en cours d’adoption.

L’adoption a monopolisé l’attention by gdb

Pour le président d’Unicef France, les conditions matérielles actuelles en Haïti ne font qu’aggraver les risques que ne se renforce une tendance qui depuis longtemps ronge le pays : le trafic d’enfants. C’est pourquoi dans les prochains mois, l’heure doit avant tout être à la vérification de l’identité des enfants proposés à l’adoption pour permettre d’en « déraciner » le moins possible.

Risques d’enlèvements et intérêt supérieur de l’enfant by gdb

Face à ces risques de marchandisation de l’enfant, l’Unicef rejoint la position de l’Etat français concernant les enfants ne disposant toujours pas de jugement d’adoption. Pour Jacques Hintzy, l’enfant n’est adopté qu’au bout de la procédure juridique et les conditions particulières du séisme ne doivent pas contrevenir à la prévalence du droit.

Pas de jugement, pas de rapatriement by gdb

Prendre du temps pour gérer la situation sur place selon les protocoles mis en place entre justices haïtienne et française est une des priorités de l’Unicef. Le retour à un temps plus calme de l’adoption est nécessaire selon Jacques Hintzy, qui se souvient des premiers rapatriements d’enfants haïtiens en France après le séisme.

Traumatismes des enfants rapatriés by gdb

Quid d’une reprise de l’adoption à Haïti ? S’il est aujourd’hui impossible de déposer un nouveau dossier d’adoption internationale pour un enfant haïtien, l’Unicef met en garde l’opinion publique contre une vision humanitaire de l’adoption. Jacques Hinzy l’affirme : l’adoption internationale doit être l’ultime ressort d’un long processus de vérification.

L’adoption internationale est un dernier recours by gdb

Dr de Monléon : « les adoptions ne sont pas toujours réussies »

•29 avril 2010 • 11 commentaires

Enfants dans une crèche des alentours de Port-au-Prince

Depuis le séisme, plusieurs centaines d’enfants haïtiens ont pu gagner le territoire français pour rejoindre leurs familles adoptives. Mais après le crépitement des flashs lors de l’arrivée de ces enfants à Orly, après la satisfaction des premières heures, que deviennent ces familles et comment se noue la relation à l’enfant ? Enfants du Séisme a posé ses questions à Jean-Vital de Monléon, éminent pédopsychiatre spécialiste de l’adoption.

Jusqu’ici, quels retours avez-vous eu des parents qui ont accueilli leurs enfants après le séisme ?

Je rencontre des parents qui viennent me consulter pour savoir comment vont leur enfant, comment se comporter avec lui et comment répondre le mieux possible à ses attentes, ses besoins. Certaines familles sont en grande difficulté. Il y a des enfants qui ne vont pas bien sur le plan psychique ou psychosomatique, qui ont des parasites intestinaux ou qui sont encore un peu prostrés. Mais cette situation n’a rien d’anormal et n’est pas vraiment liée au séisme. Les enfants ont une grande capacité d’adaptation. Il faut éduquer les parents, leur dire qu’il faut bien rassurer leurs enfants, et ne pas hésiter à être ferme. Leur laisser trop de liberté en se disant « oh le pauvre petit, comme il a souffert », ne servirait pas à le faire se sentir mieux.

Mais alors, les commentaires de vos confrères Sophie Marinopoulos et Pierre Lévy-Soussan sur les traumatismes des enfants arrivés en France sont-ils exagérés ?

Je ne comprends pas pourquoi Marinopoulos et Lévy-Soussan ont fait ce genre de commentaires. J’ai l’impression de quelque chose de prémédité. Je ne comprends pas pourquoi ils ont embrayé derrière les cellules psychologiques mises en place par le gouvernement avec des personnes qui ne s’y connaissent pas du tout en matière d’adoption. Pourtant, ces deux pédopsychiatres sont de bons spécialistes. Tout cela a abouti à l’arrêt des rapatriements. Ils se sont rendu compte que ce n’est pas le monde des « bisounours » et qu’à cause du séisme, certains enfants ont été choqués. Mais pas tous.  Au bout de quelques jours, ils vont en général beaucoup mieux. Le séisme a majoré le risque de traumatisme, mais la situation n’est pas forcément exceptionnelle par rapport à une adoption habituelle. Il y a beaucoup d’enfants qui arrivent à prendre leur place, mais au bout de quelques mois, voire de quelques années. C’est pourquoi il est encore bien trop tôt pour parler ou non de traumatismes chez les enfants du séisme.

Les parents adoptifs ont-ils une pression supplémentaire par rapport aux parents biologiques dans la relation à l’enfant ? Y a-t-il un diktat du parent adoptif qui n’a pas droit à l’erreur ?

Il y a un discours très « les enfants adoptés ne vont pas bien », comme si ces parents n’étaient pas de véritables familles. C’est caricatural. Quand une adoption est réussie, que tout se passe bien, il n’y a pas de différence avec des parents biologiques. Mai dès qu’il y a un problème, c’est forcément la faute des parents adoptifs, de l’adoption en soi. Il arrive qu’il y ait des échecs, mais personnellement ça n’arrive en moyenne que dans 5% de mes consultations. Dans ces cas là, la relation se passe mal entre les parents et l’enfant, et ce dernier peut être placé à l’aide sociale à l’enfance. Il se peut que l’amalgame n’arrive pas à prendre avec l’enfant. Dans les cas d’échecs, c’est la faute de l’enfant, la faute des parents, on ne peut pas vraiment savoir. C’est une erreur de cigogne. Mais ce sont des cas de figure très rares.

A l’approche de la saison des pluies, l’inquiétude

•27 avril 2010 • Laisser un commentaire

Tentes à Port-au-Prince. Photo: Flickr

Tandis qu’Haïti entre dans la saison des pluies qui dure d’avril à octobre, le collectif SOS Haïti Enfants Adoptés craint que les infrastructures sur place, encore trop modestes, ne permettent pas d’assurer la sécurité des 500 enfants en cours d’adoption qui n’ont pas été rapatriés.

« Notre crainte est que les procédures ne soient encore trop longues », annonce Valérie Damilleville, une des reponsables de SOS Haïti, collectif de familles formé suite au séisme.  « La saison des pluies va arriver et des climatologues annoncent qu’un cyclone pourrait se former. Cela mettrait en péril la sécurité de nos enfants ».

Si l’Union Européenne a promis près d’un demi-milliard d’euros d’aide à Haïti au lendemain du séisme, les conditions sanitaires et matérielles sur place sont toujours critiques. Selon l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID), plus d’un million de personnes vivraient encore sans abri fixe en Haïti.

L’exception française

Alors pour Valérie Damilleville, le choix du gouvernement français de respecter avant tout le bon déroulement administratif des procédures d’adoption est incompréhensible.  « Si la France avait emboité le pas aux autres pays européens qui ont rapatriés les enfants directement après le séisme, Simon serait encore en vie », déplore-t-elle, évoquant la mort du jeune enfant en cours d’adoption par une famille française. « On peut chercher les reponsabilités de chacun, mais ça ne changera rien. Au final il y aura toujours un jugement. Ils sont positifs dans 99,9 % des cas, sauf dans des cas vraiment exceptionnels, comme un décès de l’enfant ou des parents qui ne souhaitent plus adopter ».

Dans l’attente de nouvelles accélérations du traitement des procédures par les justices haïtienne et française, le collectif souhaite mettre en garde les autorités contre une politique trop timide qui, se voulant prudente, se solderait par le contraire de l’effet escompté et mettrait en danger la vie des enfants à Haïti. Valérie Damilleville explique que « les enfants qui n’ont pas de jugement ne sont pas considérés comme des ressortissants français ». Puis elle ajoute, grave : « C’est le droit contre des considérations plus humanistes.  Les enfants qui n’ont pas de jugement peuvent mourir, ce n’est pas le problème du Ministère des Affaires Etrangères : où sont les responsabilités de l’Etat ? ».

L’Etat haïtien aurait demandé à la France une liste exhaustive des enfants en cours d’adoption présents à Haïti, afin de pouvoir accélérer le traitement des phases administratives des dossiers. Valérie Damilleville se réjouit de la probable avancée que cela constituerait, mais elle refuse de défendre des agissements politiques qu’elle considère être en décalage complet avec les priorités réelles des familles et des enfants : « Au-delà de l’émotion, c’est absurde, sur les plans humanitaire, politique, juridique. Quels sont sérieusement les enjeux politiques, quel est l’incident ? », interroge-t-elle. « On a consulté des juristes par rapport aux structures mises en place par les pays étrangers qui ont rapatrié les enfants et il serait tout à fait possible de faire la même chose en France. Mais au Quai d’Orsay, la volonté manque ».

Les traumatismes chez l’enfant : la fausse excuse

Avancés par le Ministère des Affaires Etrangères comme raisons suffisantes pour ralentir le rythme des rapatriements, les traumatismes susceptibles de se manifester chez l’enfant lors du rapatriement sont pour Valérie Damilleville un argument hypocrite de la part des autorités. Selon elle, les traumatismes ne sont pas le danger principal. « Les enfants arrivent dans un pays qu’ils ne connaissent pas, on les a trimballés dans un avion militaire pendant 24h. Certes, mais est-ce pire que de les laisser sur place à Haïti ? ».

La membre du collectif regrette que le rapport de Sophie Marinopoulos et Pierre Lévy-Soussan ait eu un tel impact sur la politique du Quai d’Orsay : «Je les invite à vivre avec les enfants sous les tentes, ne serait-ce que 24h», plaisante-t-elle à moitié. « Les enfants sont vidés, choqués, ils ont peur. Dès qu’un camion passe et fait un peu de bruit, ils vont se réfugier sous les tables et sont traumatisés pendant deux heures. Est-ce que c’est ça qu’il faut privilégier ? ».

« Depuis le séisme, je vis l’enfer ». Sophie, mère adoptante.

•26 avril 2010 • Laisser un commentaire

Cela fait plus d’un an et demi que Sophie et Marc, habitants des Yvelines, attendent la petite Alexandra, née en août 2007. Au moment du séisme, le 12 janvier 2010, Sophie se précipite sur le site internet de l’orphelinat situé sur les hauteurs de Port-au-Prince, où se trouve sa petite fille. En grosses lettres rouges s’affiche un message: « les 180 enfants et tout le personnel sont en vie ».  Depuis, c’est l’attente. L’attente pour que soit rapatriée Alexandra au terme d’une procédure administrative longue. Mais Sophie et Marc refusent de baisser les bras. Habitués à l’adoption internationale après avoir accueilli Flore (sur la photo), cinq ans, originaire d’Haïti, le couple se bat pour que celle qu’ils renommeront Adèle puisse être rapatriée en France le plus rapidement possible.

Il ya quelques jours, un pas décisif a été franchi. Sophie et Marc ont reçu le jugement d’adoption d’Alexandra, point d’orgue de la procédure. Pourtant, l’heure n’est pas encore à la satisfaction.

Attente d’Alexandra by gdb

Sophie regrette la présence intempestive d’un « syndrome arche de Zoé » qui a rendu méfiants le gouvernement et l’opinion envers l’adoption internationale. Selon la mère de famille, cette attitude est inadmissible, et relève d’accusations d’illégalité totalement infondées.

Parents montrés du doigt by gdb

La prudence du Ministère des Affaires Etrangères rend Sophie perplexe. Suite au rapport de deux pédopsychiatres mettant en cause les risques de traumatismes chez l’enfant lors de rapatriements trop brusques, le MAE a décidé de ralentir le rythme des retours d’enfants. Un choix qui, pour Sophie, est loin d’être justifié.

Ne pas exagérer quant aux traumatismes des enfants by gdb

D’ailleurs, Sophie se souvient de l’arrivée de sa première fille, Flore, à l’âge de 16 mois. Le traumatisme de l’adoption doit pouvoir être dépassé par la préparation de l’enfant et la sérénité des parents.

Arrivée de Flore by gdb

Aujourd’hui, Sophie espère récupérer sa fille le plus rapidement possible en comptant sur l’accélération des procédures d’obtention du passeport haïtien et du visa français. Si l’aventure de l’adoption reste pour elle « la plus belle chose qui lui soit arrivée », elle souhaite mettre en garde ceux qui voudraient, comme elle, devenir parents: l’adoption ne doit pas être un acte humanitaire.

Devenir parent n’est pas un acte humanitaire by gdb

Traumatismes chez l’enfant : regards d’experts

•23 avril 2010 • Un commentaire

Photo Flickr

« A l’arrivée des orphelins en France, nous avons noté une accumulation de traumatismes », explique Pierre Lévy-Soussan, psychiatre spécialiste de l’adoption.  « Les traumatismes anciens préexistants (perte des parents…) ont été ravivés par le déplacement en urgence et sont venus se greffer au traumatisme créé par le séisme en lui-même ». C’est sur la base de déclarations similaires que le gouvernement français a fait le choix, courant mars, de ralentir le rapatriement des enfants haïtiens adoptés par des familles françaises, en les faisant passer par un SAS mis en place en Guadeloupe.

Après la remise aux autorités d’un rapport rédigé par deux pédospychiatres sur les conditions d’accueil des enfants haïtiens en France, la décision a été prise de ralentir le rythme de rapatriement des jeunes adoptés. En cause : une arrivée trop violente, propice aux traumatismes psychiques chez l’enfant. Enfants du Séisme a sollicité les avis croisés de deux membres du Conseil Supérieur de l’Adoption : le  Professeur Bernard Golse et le Docteur Fanny Cohen-Herlem.

Que pensez-vous de l’analyse de Sophie Marinopoulos et de Pierre Lévy-Soussan sur les traumatismes des enfants arrivés en France ?

Bernard Golse : En terme d’effroi (le bruit, les éboulements), la situation est extrêmement choquante pour l’enfant. On aurait dû prendre plus de précautions avant de ramener directement ces enfants en France et de les arracher ainsi brutalement à Haïti. Il faut prendre le temps de parler aux enfants, même aux plus jeunes, pour leur expliquer, que ce soit en français ou en créole. Les conditions du départ son très importantes. Quelques années plus tard, ça peut faire des ravages. Ceci n’est pas inventé, on l’observe cliniquement.

Fanny Cohen-Herlem : Je ne suis pas d’accord avec la description catastrophiste que Marinopoulos et Lévy-Soussan ont faite de l’arrivée des enfants à Orly. Moi, j’ai vu un dispositif extrêmement structuré, des gens du ministère et de l’action sociale qui étaient là à 6h du matin pour accueillir les enfants alors que ce n’est pas leur travail. Les familles étaient un peu préparées. Tout le travail d’accompagnement a été effectué le mieux possible pour une situation d’urgence. Bien sûr il peut y avoir des répercutions psychologiques chez l’enfant suite à un départ si brutal, mais je ne sais pas si le fait de laisser les enfants dans un pays détruit avec des adultes angoissés qui n’ont pas les moyens de les prendre en charge soit une meilleure solution.

La mise en place d’un SAS en Guadeloupe est-elle la solution ?

Bernard Golse : Une mission a été dépêchée à Haïti pour voir si on pouvait accueillir sur place les parents adoptants et non pas rester dans la situation où les enfants étaient brutalement arrachés à leur pays et débarquaient à Roissy où ils retrouvaient leurs familles. Mais les conditions sur place n’ont pas rendu la chose possible. Une sorte de demi mesure a été prise : un SAS en Guadeloupe, où tout était plus calme. Les parents pouvaient rester un peu avec les enfants. En temps normal, les enfants sont dans des familles d’accueil ou des pouponnières, car il y a tout un travail de préparation de l’enfant à l’adoption, qui ne peut pas se faire en deux minutes. Il faut le temps d’intégrer les fonctions parentales sans pour autant se substituer aux parents adoptifs.

Fanny Cohen-Herlem : On a essayé de s’adapter le moins mal possible. Cela aurait été beaucoup plus intelligent que des pédopsychiatres ouvrent leurs consultations aux parents et enfants pour les soutenir. Ce SAS en  Guadeloupe est un lieu intermédiaire pour les enfants et parents. C’est un entre-deux où personne n’est chez soi. Le mieux aurait été de mettre en place des structures d’accueil dans les petites villes de France pour que les parents en attente de leur enfant puissent rester chez eux tout en ayant de l’aide.

Quelles sont les limites de l’adoption internationale ?

Bernard Golse : Le problème de l’adoption internationale est double : d’une part, il y a l’abandon de l’enfant. L’expression politiquement correcte serait « confié à l’adoption ». Même s’il s’agit d’une adoption pour de bonnes raisons, cet évènement va s’inscrire dans l’enfant pour toujours. D’autre part, le changement est brutal pour l’enfant, il perd ses racines socioculturelles initiales. L’adoption humanitaire est possible, mais tranquillement. Mais les motifs humanitaires d’une adoption ne peuvent pas constituer un agrément. En outre, la filiation est un lien qui se crée tout au long de la vie. Et pas seulement entre parents biologiques, loin de là. C’est un lien à créer et à recréer.

Fanny Cohen-Herlem : Nous sommes très réticents à accélérer les adoptions pour les couples dont les procédures n’ont pas encore abouti. Le MAE a fait ce qu’il avait à faire. On est allés les chercher, les procédures ont été accélérées tout en restant dans la loi. Je ne vois pas en quoi c’était mieux qu’ils restent. En cas de catastrophe naturelle, nous faisons une recommandation : ne pas lancer de procédures d’adoption. La couverture médiatique  a été dans le catastrophisme, le larmoyant. Il aurait fallu interroger les personnes de toutes les parties.Le gros problème de l’adoption internationale aujourd’hui est q’il y a de moins en moins d’enfants adoptables. Surtout que les gens veulent des enfants très jeunes et en bonne santé.

 
Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.