Né après le séisme du 12 janvier 2010, le collectif SOS Haïti Enfants Adoptés regroupe des familles adoptantes françaises ayant accueilli leurs enfants ou étant toujours en attente de la finalisation des procédures d’adoption. Le leitmotiv est clair : le tort du gouvernement est de refuser le rapatriement des jeunes haïtiens qui n’ont pas encore de jugement d’adoption, tandis que les familles craignent pour la santé de leurs enfants sur place.
Entre SOS Haïti et le Ministère des Affaires Etrangères (MAE), la rupture semble consommée. La communication ne passe pas, ne passe plus. Pour Emmanuelle Gerry, porte-parole du collectif, un avant-après se dessine clairement autour du séisme en matière de relation des familles au gouvernement : « Avant le séisme, on était dans un rapport institutionnel avec les autorités en charge de l’adoption internationale », explique celle qui attend également un enfant, toujours en Haïti. « Il fallait se signaler une fois par an, c’était quelque chose de très administratif ».
Puis, la terre tremble et les familles, inquiètes, ont la sensation d’être laissées sans réponses par leur gouvernement : « Suite au séisme, tout a été très différent », se rappelle la porte-parole. « En tant que familles adoptantes, nous avons cherché à avoir des interlocuteurs et nous avons eu beaucoup de mal à les trouver ».
Le collectif compte aujourd’hui plusieurs dizaines de personnes, dont quelques-unes qui s’y consacrent à plein temps pour alerter les médias, chercher des soutiens et rester visibles face au MAE. Le message porté par les familles est immuable : les enfants en cours de procédure d’adoption en Haïti doivent être rapatriés, afin que soit assurée leur sécurité physique pendant que se terminent, en Haïti, les phases administratives de l’adoption. « On ne changera pas de position, il faut que la France mette en place des accords avec Haïti pour rapatrier tous ces enfants », affirme Emmanuelle Gerry.
La représentante de SOS Haïti Enfants Adoptés est inquiète. Selon elle, les conditions sanitaires et sociales en Haïti s’aggravent de jour en jour, et elle craint pour la vie des enfants en cours d’adoption : « La situation pour toute la population de Port-au-Prince se durcit, on sent les gens s’épuiser dans les camps à cause de la pluie, les Haïtiens ne peuvent pas se reposer, l’eau entre dans les tentes, on sent une tension », prévient-elle. « Si cette ville implose, cela impliquerait que les institutions, à nouveau, ne fonctionneraient pas ». Et elle assène : « Quand on a le choix, on ne laisse pas un enfant dans des tentes sous la pluie ».
Si l’ambassadeur de France sur place est, selon le collectif, favorable à l’évacuation des enfants en cours d’adoption, Emmanuelle Gerry n’accepte pas du gouvernement français ce qu’elle considère comme des « errances de communication » au sujet du rapatriement des jeunes Haïtiens. « Le 11 février, précise-t-elle, lors d’un rendez-vous avec un représentant du MAE, on apprend que les enfants ne vont pas rentrer. On a été reçus, on nous a dit que les évacuations étaient arrêtées, que les enfants étaient traumatisés. Puis, quelques heures après tombe un communiqué du porte parole du MAE disant que les évacuations ne sont pas arrêtées et qu’il n’y a pas vraiment de preuves que les enfants sont traumatisés ».
Le Ministère des Affaires Etrangères déconseille aujourd’hui aux familles de se rendre à Haïti en raison des conditions d’accueil difficiles. Mais Emmanuelle Gerry refuse que soient « discriminées » les familles qui n’ont toujours pas de jugement d’adoption pour leurs enfants, ce document délivré par la justice haïtienne et qui permet le rapatriement : « La position du MAE est de privilégier la sécurité juridique des enfants au détriment de leur sécurité tout court, ce qui me semble dangereux », explique-t-elle. « Pour eux, tant que vous n’avez pas le jugement d’adoption, vous n’êtes pas le parent. Mais on est dans une situation exceptionnelle, il faut des solutions exceptionnelles ». Emmanuelle Gerry l’annonce : « Nous insisterons et existerons en tant que collectif jusqu’à ce que le dernier enfant soit rentré ».







